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75 000 CDI en moins » : comment l’IA freine l’embauche des jeunes en France


Rédigé le Vendredi 9 Octobre 2026 à 09:22 | Lu 84 fois | 0 commentaire(s)




Une note conjointe de la Banque de France et d’HEC pointe un gel inédit des embauches de débutants depuis l’essor de l’IA générative

Publié le 8 octobre 2026 à 11:27

Le métier de développeur compte parmi les professions les plus touchées par ce recul de l'embauche en CDI - 

Une nouvelle étude, publiée conjointement par la Banque de France et le Laboratoire de l’innovation et du futur du travail (LIFT) de l’école de commerce HEC ce jeudi 8 octobre, révèle que les embauches des 21-29 ans en CDI en France baissent depuis quatre ans dans les métiers les plus exposés à l’IA. Ce qui n’était jusque-là qu’une intuition des recruteurs devient concret grâce aux chiffres publiés par l’économiste Antonin Bergeaud, professeur associé au département d’économie d’HEC Paris, et ses collègues.

Cependant, préviennent-ils, il faut impérativement distinguer la destruction des emplois causée par l’IA – les données françaises actuelles ne permettent pas de vérifier ce phénomène – et la fermeture des portes d’entrée vers l’emploi, dont les premiers signes apparaissent.

75 000 CDI en moins par an en moyenne

Dans les métiers les plus exposés à l’IA générative, les embauches en CDI des 21-29 ans ont, depuis 2022, année où ChatGPT est devenu accessible au grand public, reculé de 28,3 %, contre 7,5 % dans les métiers les moins exposés. Plus précisément, cette chute représente environ 6 200 embauches en CDI de moins chaque mois dans ces corps de métiers, soit environ 75 000 CDI de moins sur un an. Alors que l’expérience semble protéger les salariés les plus âgés, ce sont les salariés en début de carrière qui trinquent le plus, même si « l’écart reste toutefois substantiel jusqu’à 49 ans, de sorte que le recul ne se limite pas aux nouveaux entrants », précisent les auteurs du document. Ce recul des embauches en CDI n’a pas été compensé par des CDD, note l’étude : « tous contrats confondus, les embauches des 21-29 ans reculent de 22,1 % entre novembre 2022 et mars 2026 » dans les métiers les plus exposés.

Les développeurs en première ligne

Les développeurs et les ingénieurs informatiques pèsent lourd dans les flux des métiers les plus exposés. Le métier de développeur consiste à concevoir, programmer, tester et entretenir des logiciels ou des sites internet à l’aide de code informatique. Or, l’IA sait coder. En mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans dans ces deux professions ont baissé de 42% par rapport à novembre 2022. La chute n’est que de 11% dans les métiers les moins exposés à l’IA générative. « Le ralentissement touche aussi les développeurs expérimentés », souligne le document. Ils ont souffert de la conjoncture économique : le secteur du numérique a recruté en masse entre 2021 et 2022 mais a dû ralentir quand les taux ont remonté et ont freiné le financement des entreprises tech. Cependant, si c’est le cas le plus net de l’étude, c’est aussi le plus délicat : les développeurs aggravent le constat sans l’expliquer à eux seuls. Sans les comptabiliser, les embauches des métiers les plus exposés reculent encore de 24,5 %.

L’IA, pas la seule coupable

Au ralentissement des embauches à long terme dans les métiers exposés à l’IA générative s’ajoute la pérennité des jeunes salariés à leur poste : non seulement les entreprises recrutent moins mais en plus les départs des jeunes CDI ralentissent. « Le marché se fige, de façon asymétrique, car les embauches reculent davantage que les départs (…) La rotation ralentit et le renouvellement des effectifs s’affaiblit », note l’étude. Plusieurs causes l’expliquent : moins d’embauches signifie moins de salariés récents dont moins de départs dans les premiers mois d’un contrat. Les offres sur le marché du travail se raréfient aussi, les salariés changent moins souvent d’entreprise. A ce titre, Antonin Bergeaud et son équipe rappellent que « le relèvement du taux de dépôt de la BCE, de -0,5 % à 4 % entre juillet 2022 et septembre 2023, a pesé sur l’investissement et les embauches dans les activités du secteur technologique ».

Comparaison impossible entre pays

Les résultats obtenus par d’autres pays ne convergent pas avec ceux de l’étude de la Banque de France et d’HEC pour des questions de méthodologie (données mobilisées, caractéristiques des marchés de l’emploi étudiés…). Aux États-Unis, l’étude qui fait foi (Chandar et Chen, 2026) observe un recul relatif de l’emploi des jeunes dans les métiers exposés mais ne couvre « ni l’ensemble du secteur privé ni les réallocations liées aux créations et aux disparitions d’entreprises ». En Norvège, l’étude de référence (Hernæs et Kostøl 2026) constate que l'évolution de l’emploi des jeunes n’est pas significativement différente entre les métiers les plus exposés et les moins exposés. Les développeurs, les plus touchés, reculent bien de 18 %, mais leur situation ne se généralise pas aux autres métiers exposés. Le contraste avec la France peut tenir à la composition des groupes de métiers étudiés ou au marché du travail lui-même, supposent Antonin Bergeaud et son équipe.

Redéfinir les missions des premiers postes

Outre ce constat pour le moins préoccupant, l’étude de la Banque de France et d’HEC suggère des axes de progression et avertit : les entreprises qui économisent à court terme en confiant des tâches de jeunes salariés à l’IA finiront par en pâtir. « L’automatisation des tâches juniors peut ainsi réduire la production de long terme lorsque les économies de coût qu’elle procure restent modestes, précisément parce qu’elle supprime la première marche de l’échelle », insiste le document. « Une entreprise qui cesse de recruter des débutants reporte le problème sur ses recrutements de salariés expérimentés » et les effets pourraient se faire sentir dans uen décennie. Pour éviter toute déconvenue, les auteurs de l’étude suggèrent aux employeurs, publics et privés, de « redéfinir les premiers postes autour de ce que l’IA accomplit mal, comme la supervision des résultats, la relation client ou l’exercice du jugement sur des cas atypiques, et à préserver des parcours de formation en poste ». Ces résultats invitent enfin à distinguer deux questions, souvent confondues dans le débat public.



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